Nous le savons, l’heure est grave: déclin de la biodiversité, changement climatique, pandémie… Sans les nier, le Muséum d’histoire naturelle (MHN) souhaite aborder ces problèmes de manière positive et dynamique. Les festivités du bicentenaire s’inscrivent dans cet état d’esprit; elles visent à transmettre énergie, engagements, prises de conscience et créativité. Le programme anniversaire de l’institution genevoise se veut commémoratif et fondé sur l’histoire, tout en se projetant vers l’avenir.

Foisonnement d’événements

La programmation se décline en quatre cycles d’animations. Particulièrement original, «Reconnexions» encourage chacun à se réconcilier avec soi-même et avec les autres êtres vivants, à se (re)connecter à la nature environnante. Une Biosphère – dôme géodésique conçu par François Moncarey – ouvrira nos horizons, nous emmenant en quatre lieux du Grand Genève. Cette structure accueillera multiples rencontres avec des intervenants de toutes disciplines: car c’est en posant les bonnes questions que nous pourrons tendre vers une Terre plus apaisée, plus souriante et plus durable. Abrités par le dôme, les participants seront conviés à la pratique du yoga et de la méditation ou s’initieront à l’exercice philosophique. Des propositions qui évolueront au gré des saisons et des envies…
«Réconciliations» est une série de dix conférences présentées par d’éminents scientifiques, tous habités par un projet qu’ils ont à cœur de partager avec leur public. Le cycle «Ag!r» propose, quant à lui, un nouvel espace au sein du Muséum; il est destiné aux juniors (mais pas seulement) qui aimeraient en savoir plus pour (ré)agir. Enfin, «Rencontres avec nos scientifiques» permettra de découvrir les recherches en cours, et plus largement, les coulisses du Muséum.

Flâner et s’émerveiller

Trois grandes expositions se tiendront du 25 septembre 2020 au 27 juin 2021 au Muséum. «Trésors: 200 ans d’histoire naturelle à Genève», présente 200 animaux, fossiles ou minéraux tirés des collections de l’institution. Sans hiérarchisation, les spécimens exposés sont de toute sorte, gros et minuscules, rares et courants, locaux et exotiques…à l’image d’un cabinet de curiosités. Depuis 1820, les chercheurs du Muséum ont décrit 12 361 espèces nouvelles pour la science, soit le 1% des espèces connues dans le monde. Les collections – aujourd’hui riches de 15 millions de spécimens – apparaissent comme un outil incontournable, un repère permettant de se positionner face à notre planète. Un bel ouvrage, publié chez Favre et richement illustré, «Muséum Genève, 200 ans d’histoire naturelle», accompagne cette exposition; il relate le parcours de l’institution à travers ses fondateurs, ses anecdotes et ses trésors parfois cachés. Le visiteur du Muséum pourra également assister à un film d’animation évoquant, de manière à la fois didactique et poétique, la recherche scientifique au Muséum.
Dans «Bouteille à la mer 2120, Te Ao Māori», l’artiste activiste originaire de Nouvelle-Zélande George Nuku représente un monde sous-marin où la vie est créée à partir de bouteilles en plastique et de plexiglas recyclés. Cette installation nous interpelle sur l’une des problématiques environnementales les plus urgentes: l’asphyxie des océans par le plastique. Réalisée en deux mois avec la participation de nombreux bénévoles, l’œuvre de fiction aux dimensions monumentales a obtenu le soutien de Save Our Seas. A but non lucratif, cette Fondation a contribué à la création du contenu de l’exposition (illustrations graphiques, informations scientifiques). Elle a également permis la réalisation d’un kit pédagogique pour les établissements scolaires de la région lémanique. Par ailleurs, plusieurs musées (notamment celui d’ethnographie de Genève) ont prêté des objets maoris que George Nuku a «habillé» de manière atypique.
Enfin, le visiteur ne pourra manquer «Wildlife Photographer of the Year», du Natural History Museum de Londres, le plus grand prix de photographie du monde, qui réunit 100 images exceptionnelles prises sur le vif (aucune recomposition). Une exposition qui nous renseigne sur la beauté et la fragilité de la nature.

Autres rendez-vous

Mais ce n’est pas tout… musique, théâtre, films, petites expositions, contes et performances viendront égayer l’année par petites touches. Des formes artistiques en tout genre, qui feront dialoguer nature et culture, sciences et arts, dans un mix inédit. Une démarche du Muséum qui poursuit ainsi sa vocation d’interdisciplinarité. Rappelons-le: notre rapport à la nature est étroitement lié à nos représentations collectives; c’est dans nos têtes et dans nos cœurs que se jouera la biodiversité de demain! Si Genève a une longue tradition dans le domaine des sciences naturelles, elle a aussi un devoir de culture. Le bicentenaire du Muséum y veille, sur un ton festif et coloré.

Pascal Moeschler et Véronique Stein

Programme complet: www.institutions.ville-geneve.ch/fr/mhn/

Pin It on Pinterest