Le commerce de détail résistera-t-il?

Le Crédit Suisse a présenté récemment son étude annuelle «Retail Outlook», réalisée en collaboration avec la société de conseil Fuhrer & Hotz. Sara Carnazzi Weber, responsable Analyse sectorielle et régionale, révèle que les chiffres d’affaires nominaux du commerce de détail ont stagné l’an dernier. «Le pouvoir d’achat s’est à peu près maintenu au niveau de l’année précédente. Seule la croissance démographique a soutenu le commerce stationnaire (les magasins à emplacement fixe) contre la montée de la concurrence en ligne et le regain d’activité du tourisme d’achat en 2019». Plus en détail, le second de ces phénomènes a été dopé par la dépréciation de l’euro face au franc suisse et par le fait que les prix ont augmenté plus fortement en Suisse que dans les pays limitrophes. «Le segment des vêtements et chaussures a continué de pâtir de la mutation structurelle et a largement contribué au léger tassement du secteur non alimentaire (- 0,3%), poursuit l’étude. L’alimentaire/near-food a en revanche enregistré une hausse modérée de ses chiffres d’affaires en glissement annuel (+ 0,5%)».

Les plus de 60 ans s’y mettent

C’est dans l’habillement que l’e-commerce se montre le plus agressif par rapport au commerce traditionnel. Année après année, il grignote des parts de marché, sous l’impulsion notamment de Zalando. Le chiffre d’affaires de l’e-commerce suisse atteignait déjà 9,5 milliards de francs en 2018 et la tendance est demeurée à la hausse l’année dernière. La plus forte progression a été enregistrée chez les personnes de 60 ans et plus. Outre une plus forte utilisation d’Internet, la part de la population ayant effectué au minimum un achat en ligne dans les trois derniers mois ne cesse d’augmenter depuis 2014. Seul le Royaume-Uni fait plus que le la Suisse au classement des consommateurs en ligne.

Emploi stable

«Les statistiques de l’emploi ont de quoi réjouir l’ensemble des détaillants, notent encore les auteurs de l’étude. Après un repli constant du nombre de postes équivalents plein-temps depuis 2015, la tendance baissière s’est enfin interrompue en 2019 et les chiffres de l’emploi se sont stabilisés à peu près au niveau de l’année précédente». Mais plutôt que les commerces traditionnels, ce sont les négociants en ligne, suisses et étrangers, qui en ont bénéficié et cela malgré le retrait d’Amazon.com du marché suisse de la vente par correspondance. Pour l’année en cours, les économistes du Crédit Suisse sont d’avis que l’atonie de l’industrie manufacturière mondiale et la vigueur du franc vont s’opposer à une croissance dynamique des affaires du commerce de détail. «La progression démographique en Suisse et la légère augmentation du pouvoir d’achat, favorisée par la hausse étonnamment faible (sic) des primes d’assurance maladie, devraient cependant soutenir les chiffres d’affaires nominaux du commerce de détail (prévision: + 0,4%)». Mais la tendance demeure: la progression modérée des chiffres d’affaires en 2020 sera due essentiellement à la hausse attendue des ventes en ligne».

Etienne Oppliger

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