«Il faut sortir d’une vision 
malthusienne et punitive de l’écologie»

Maire de Bernex et en charge de l’urbanisme de la commune, Cyril Huguenin entend défendre à Berne les thématiques qui lui tiennent à cœur: l’aménagement du territoire et la durabilité.

– Conseiller administratif de Bernex depuis cinq ans, vous êtes en charge de l’urbanisme dans une commune en plein développement. Quelles visions souhaitez-vous défendre sous la Coupole fédérale?
– Aménager un territoire et assurer une mobilité cohérente en tenant compte du bouleversement climatique et de la préservation d’un cadre de vie plus agréable, c’est le vrai défi pour notre pays. Dans une société qui doit se passer des énergies non renouvelables, une mobilité capable de se projeter dans les vingt prochaines années doit laisser le libre choix des modes de transport en rapport avec des voies de circulation adéquates. Il faut sortir d’une vision malthusienne et punitive de l’écologie. Mon rêve absolu: des pistes de mobilité douce en site propre sur l’ensemble du territoire suisse. C’est un processus incitatif, avec des retombées bonnes pour la planète, le porte-monnaie et la santé. Les Genevois et les Suisses sont nombreux à s’inquiéter de la transformation rapide de notre territoire. Franchir cet obstacle exige du politique un discours clair. Un effort particulier doit être mis sur la qualité des espaces publics et le développement de quartiers verts. J’ai porté avec succès, en mars 2018, une campagne référendaire en faveur d’une urbanisation de qualité dans ma commune (quartier Saint-Mathieu, 400 logements). Le soutien massif des Bernésiens doit beaucoup à l’information et l’esprit de concertation qui ont été activés.

– Quelles sont vos visées en matière de logement?
– En Suisse, seuls 37% des ménages sont propriétaires, ils sont à peine 18% à Genève. Même si ce taux est en constante progression, nous devons faciliter l’accès à la propriété et augmenter l’offre de logement pour la classe moyenne, notamment via l’accroissement du nombre de PPE et de coopératives.

– La durabilité est l’une de vos grandes priorités.
– Il y a cinq ans, j’ai créé à Bernex le «premier dicastère de la durabilité au niveau communal». Au-delà de la sémantique, la question appelle des actions quotidiennes basées sur un agglomérat de décisions individuelles et collectives. Par exemple et concrètement, j’ai lancé il y a dix-huit mois un programme novateur: «sortir du mazout» à Bernex. Ce programme offre des conseils aux propriétaires afin de changer leur chaudière à mazout. C’est un vrai succès! Ainsi, grâce à ce programme, un chauffage à mazout par mois est supprimé, un ménage passe au chauffage à source renouvelable. Aujourd’hui, Le Conseil des Etats réfléchit à l’ouverture d’un fond climatique. C’est le moment parfait pour investir dans les panneaux solaires et la géothermie; nous avons tout avantage à mettre en avant cette nouvelle attitude. Les rénovations des bâtiments feront travailler les entreprises locales, nos PME, nos artisans. Par ailleurs, le Conseil des Etats a validé la révision de la loi qui promeut la réduction de 50% de CO2 d’ici 2030. Je pense que l’on peut faire mieux et atteindre un taux de 60% à 70%.

– En janvier dernier, vous vous êtes mis en colère contre la Commission des monuments, de la nature et des sites refusant, à nouveau, un projet de pose de panneaux solaires. Est-ce un thème que vous porterez à Berne?
– Les panneaux solaires et l’isolation thermique des bâtiments constituent un des défis de la prochaine législature. A l’heure de la transition énergétique nécessaire, de telles installations doivent devenir la norme. Si 50% de toits étaient dotés de panneaux solaires en Suisse et si la sobriété énergétique devenait la norme, nous pourrions nous passer du pétrole! Dans ce domaine, comme dans d’autres, je prône l’adhésion des citoyens par l’encouragement et le soutien.

– Quel est votre discours sur la dynamique de l’intégration européenne, qui reconfigure notre identité nationale?
– La construction européenne a permis un temps long de paix et de croissance. Pour moi, l’isolationnisme et le renfermement ne peuvent qu’engendrer peur, crainte et échec du vivre-ensemble. Lorsqu’on évoque l’Union européenne, très vite, le débat devient binaire: pour ou contre. Je suis convaincu qu’il faut dépasser cette alternative réductrice, qu’il s’agisse de l’agriculture, des conditions de production ou des salaires. Une croissance qualitative exige de repenser nos modes de fonctionnement. Je milite pour le développement d’une économie circulaire, qui favorise le zéro déchet. Il faut aussi stimuler la consommation locale, privilégier les producteurs et commerces de proximité.

– Et sur le thème de la sécurité?
– Tout récemment, un bancomat a été attaqué à Bernex. Cette criminalité importée inquiète. Ma position est celle de la sévérité par rapport à tout ce qui s’oppose au bien-vivre-ensemble. Par ailleurs, les défis démographiques et les éventuelles conséquences des changements climatiques pourraient amener notre pays à s’interroger sur l’intégration d’autres populations sur notre territoire. Il s’agit de s’y préparer.

Propos recueillis par Viviane Scaramiglia

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