L’espace public de nos villes est surchargé, au point qu’il est parfois difficile d’y placer une sculpture au niveau du sol. Alors levons la tête… les Genevois(ses) ont certainement remarqué, une fois ou l’autre, les installations sur les toits des immeubles qui bordent la plaine de Plainpalais. Initié en 2006 et se poursuivant aujourd’hui, «Neon Parallax» est un projet évolutif mené par les Fonds d’art contemporain de la Ville (FMAC) et du canton (FCAC) de Genève. Quel est son objectif? Investir un site populaire et un autre périmètre d’intervention que le sol: les toitures. «Entre la prestigieuse rade du bout du lac et le quartier anciennement ouvrier de la Plaine, il s’agit de dégager des parallèles notamment en ce qui concerne l’homologie des deux plans en losange, explique Michèle Freiburghaus, responsable du FMAC. Mais aussi de les différencier en transposant les enjeux publicitaires des enseignes de la rade en messages artistiques lumineux à Plainpalais». «Neon Parallax» réunit neuf installations d’artistes suisses et internationaux, qui forment une réalisation globale. Au rythme de deux créations originales par année, les œuvres ont été installées grâce à la générosité de propriétaires privés qui ont mis les toitures de leurs immeubles à la disposition des Fonds pour une durée de dix ans minimum. Au printemps prochain, deux nouvelles œuvres viendront s’ajouter au programme. «Ce projet phare permet de considérer l’environnement urbain comme un espace commun: libre à chacun de le questionner et de le valoriser selon sa propre perception» commente Marie-Eve Knoerle, en charge de l’art public au FMAC.

La ville, un musée à ciel ouvert

Au fil des opportunités, le Fonds municipal d’art contemporain a poursuivi sa mission de développer la présence de l’art dans l’espace public. Début 2011, une œuvre de l’artiste belge Pieter Vermeersch a été sélectionnée pour animer le bâtiment reconstruit des silos à sel de la Voirie à la rue François-Dussaud 10. En tirant profit des façades translucides, l’artiste évoque le système de mesure du niveau de sel pour traduire en intensité lumineuse les quantités de matière contenue dans chaque silo. De cette façon, le bâtiment offre aux regards extérieurs la dynamique de son fonctionnement intérieur. La période d’utilisation des silos s’étend du 1er novembre au 31 mars; lorsque les silos ne sont pas utilisés, le dispositif tombe en «estivation», affichant sur la façade des oscillations lentes et profondes qui rappellent la respiration d’un corps endormi.

A l’entrée des Grottes, un mur pignon est habillé d’une intervention lumineuse signée de l’artiste genevois Frédéric Post. Ce dernier a tissé une vaste tapisserie bigarrée faite de centaines d’ampoules LEDS dans laquelle il a mélangé divers symboles. Réalisée à l’occasion du Festival de lumières Geneva Lux (2016-2017), cette œuvre est devenue pérenne. Intitulée «Pinta cura», elle renvoie aux visions et aux «voyages» vécus lors de rituels (pinta), ainsi qu’aux processus de guérison (cura). Ces figures totémiques bienveillantes – particulièrement visibles depuis les quais de la gare en surplomb – accueillent les passants et les voyageurs.

Autre quartier, autre ambiance: le Théâtre St-Gervais. L’œuvre d’art originale «Laser-Klammer», conçue en 1995 par Gunter Frentzel spécialement pour le site, a été réactivée l’année passée. Une seule couleur, verte, pour un laser à la forme géométrique minimaliste, qui signale ce lieu où historiquement l’art s’est fait et se fait encore. Des créations en tout genre portées par le FMAC, avec pour missions d’amener civisme et partage, mais aussi d’embellir et de donner du sens à la ville.

Véronique Stein

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