Traditionnellement, depuis le XVIIe siècle, la police veille sur l’ordre public et poursuit les malfrats; c’est son rôle. La police a donc l’œil à tout, aux grandes comme aux petites affaires, avec discernement de préférence. Ce faisant, elle produit une normalisation des comportements; elle inspecte en se rendant invisible, garde un œil sur chacun et sur tout. Ce travail quotidien aboutit qu’à la logique de l’ordre s’ajoute la logique du soupçon. Au-dessus de l’œil qui veille au bien-être des citoyens, il y a le sourcil qui se soulève. Ce qui fait que le flic est devenu le héros de romans et de films innombrables, c’est qu’il a souvent affaire à la violence non négociable: il s’agit de repérer et de contrer au bon moment le malfaiteur, de le mettre hors d’état de nuire. C’est pourquoi, pour la police, le temps de l’action est le temps de l’urgence. Elle puise son savoir dans l’action, raison qui fait d’ailleurs qu’elle méprise l’intellectuel, qui le lui rend bien. Mais le temps court de la police est complété par le temps long de la justice. Non sans confrontation, souvent, entre ces deux instances. Car la police sait des choses sur la société; elle n’est plus simplement la gardienne de la paix, mais elle est devenue enquêtrice, elle monte des dossiers, collecte des pièces à conviction. Et ce savoir est le socle sur lequel s’appuie la justice pour punir. Or, on observe un phénomène intéressant: en arrêtant ceux qui troublent la société, la police, qui la garde, se met parfois aussi à la marge. Il existe dans chaque policier une part de voyou. La raison? En ayant affaire à tout ce qui ne marche pas, la police prend conscience de la marge à force de la côtoyer sans cesse. Le policier doit se rendre dans la rue et dans les bas-fonds de la Cité; il est bien sûr en dehors du monde de la rue, mais il connaît ce réel et il sait d’expérience que ce réel est aussi dans l’inconduite. Difficile métier qui se confronte à la peur, à l’horreur, à la fatigue, à la violence, à la mort. Plus qu’un autre, le policier sait que le réel, ça cogne!

Les quatre vérités de Jean-Marc Vaudiau

 

 

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