Les Réformateurs climatiques

Post Tenebras Lux, ce qui s’est passé à Genève en 2024 est un miracle. Les scientifiques prétendront avec suffisance que c’est une conjonction de circonstances favorables et qu’il n’y a rien de mystérieux dans tout cela. L’enchaînement des événements était totalement prévisible et naturel. La température caniculaire aura fait exploser les vitrages de la coupole du Jardin Botanique et des serres du Centre horticole de Lullier, tout à fait naturellement. À l’effet miroir, ajouter les 55 degrés centigrades de la température ambiante et les lois de la physique vous confirmeront le résultat. L’Herbier historique et les six millions d’échantillons du CJBG, Conservatoire et Jardin botanique de la Ville de Genève, ainsi que les milliers de plantes officinales, horticoles et utilitaires du CFPNE, Centre de formation professionnelle Nature et Environnement fondé en 1887 par Edmond Vaucher, auront repris vie sous l’effet providentiel de la pluie. Une pluie abondante et prévisible, une mousson tropicale due au rayonnement magnétique du cyclotron. L’accélérateur de particules le plus grand et le plus puissant du monde, notre LHC, attirant tous les nuages chargés d’électrons, du Mont-Blanc jusqu’au Chasseral, sur le Salève. La lumière, la verrière, la pluie thermonucléaire, la biodiversité conservée, l’entropie spontanée, la photosynthèse libérée, tous ces facteurs au même endroit, au même moment et l’incroyable instinct de survie de la nature répond présent. Le «Post Tenebras Lux» des Genevois prend tout son sens. La pluie chaude, les semences opportunistes, et la nature aura fait son travail. Genève devient en 2024, en moins de six mois, une forêt tropicale. Les éléphants d’Afrique ont remonté le Rhône pour s’établir en paix au pied du Lignon. Sur l’île aux perroquets, le plus bavard s’appelle Rousseau et la femelle dominante s’appelle Voltaire. Au Parc des Bastions, Guillaume Farel, Jean Calvin, Théodore de Bèze, John Knox se sont mis au vert. Plus besoin de chauffage, à l’abri du feuillage, le jour et la nuit il fait bon. Plus besoin d’aller faire son marché, les fruits et les légumes poussent partout et sont à disposition. L’eau tempérée des ruisseaux du lac et des rivières est potable. Les voitures ont disparu, tout se fait en mode piéton. Les habitants régénérés montent des spectacles un peu partout et font la fête à la moindre occasion. Alphonse Laverrière, fils d’un tonnelier de Carouge (1872-1954), auteur du monument de la Réformation, le mur des Réformateurs, et Jean-Marc Lamunière, mort à 90 ans en 2015, architecte de la Coupole du Jardin botanique, auront réfléchi l’âme humaine avec un même état d’esprit. Mettre à l’abri des pollutions la nature utile et nécessaire à la vie. La verrière. Laisser passer les faisceaux lumineux utiles et nécessaires aux orangers, dattiers, figuiers, citronniers, oliviers à travers la pénombre humide et chaude. La lumière. Deux visionnaires. Comment avaient-ils pu prévoir ce qui allait se passer? Et si ce changement radical de style existentiel était la conséquence des prières de nos quatre Réformateurs, qui, las de la pierre, dans l’œil du cyclotron, appellent leur communauté à vraiment, comme eux, passer au vert?

 

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