Avec ses près de trois mètres de haut, difficile de la rater. Sculpté dans un bloc de pierre d’un seul tenant, l’entrelacs de trois maillons, en inox poli et martelé à la main, se veut le symbole du «lien primordial entre les hommes pour évoluer et progresser, qu’il s’agisse d’une famille, d’un groupe ou de l’humanité dans son ensemble». Et Cédric Kukjian d’en exprimer la puissance: «Grâce à la résistance de l’acier et à la souplesse de la chaîne, l’œuvre reste inébranlable. Elle peut endurer des poids beaucoup plus lourds qu’elle, résister aux pressions extérieures, elle peut être tordue, tendue ou détendue à la demande, sans que sa force soit compromise. Dans la vie, il suffit qu’un seul maillon soit rompu pour que cette force soit totalement détruite». Dressée sur le giratoire de la route de Vandœuvres, «Liaison» reprend à sa façon l’enseignement du philosophe grec Esope: «Autant l’union fait la force, autant la discorde expose à une prompte défaite».

Initiative colognote

Sélectionnée sur concours par la Commission de la culture de Cologny, la pièce installée en janvier restera en place jusqu’au 13 mai prochain. Depuis plus de vingt ans, de nombreuses œuvres d’artistes internationaux se succèdent sur ce giratoire, telles les trois oies des neiges en bronze du Munichois Calyte Campe, qui se sont envolées en décembre dernier. De quoi participer à la dynamique artistique qui fait florès sur les ronds-points helvétiques et qui, loin de créer des problèmes de circulation, est censée ralentir les automobilistes attentifs à l’œuvre. Il est des installations qui dérangent, intriguent, fascinent, d’autres qui font fureur sur les réseaux sociaux, comme le giratoire de Lyss en forme de tourne-disques. Porteuse d’un message essentiel vieux comme le monde, l’installation colognote interpelle. Basé à Genève, œuvrant aux côtés de son père dans la galerie-studio «Since», en Vieille Ville, Cédric Kukjian, 35 ans, mène ses explorations dans toutes les dimensions, du plus petit au monumental. Ethniquement insolite, Arménien et Phénicien du côté paternel, Romain, Assyrien et Grec du côté maternel, le créateur, aussi contemporain soit-il, reste profondément inspiré par la mémoire de l’humanité. «Les cinq piliers de l’Antiquité sont réunis dans mes gènes!», dit-il.

Tel père, tel fils

Tel père, tel fils? Père de Cédric, Pierre Kukjian, «agitateur postmoderniste d’un nouvel art urbain» selon les critiques internationaux, avait été sélectionné en 2017 pour faire trôner sur ce même rond-point son majestueux «Haricot magique» d’acier poli, symbole de fécondité et de renaissance. Louée par la Commune de Cologny le temps de l’exposition, «Liaison» sera ensuite disponible à la vente.

Viviane Scaramiglia

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