Il y a des beautés qui semblent appartenir à un autre monde; en attraper quelques bribes relève de la magie. De ces instants dont l’artiste, à l’origine de ce chaos sublime, n’a pas idée. Le créateur de ces œuvres, à un moment donné, espère sans doute secrètement que quelqu’un sera touché – comme je l’ai 
été – par ce que ses mains ont façonné!

L’oeuvre a-t-elle un prix?

Finalement, être exposé c’est : ne plus maîtriser, ce qu’on a créé; on donne aux autres. Libre à eux d’apprécier ou non les œuvres. Je ne parle pas de vendre, il n’y a rien de plus faux que ceux qui s’imaginent qu’une exposition sert à mettre sur le marché, ou, disons à donner un prix. Une véritable exposition n’a rien à commercialiser. Parfois même, les valeurs sont très élevées, pour que les gens ne puissent pas acheter. Dès lors quand il n’y a pas d’étiquette vous pensez : «Tiens, s’il n’y a pas de montant indiqué, c’est sûrement très cher». Or, s’il n’y a pas d’étiquette, c’est que ce n’est pas à vendre. Vous n’êtes pas dans un supermarché, ni dans un super-musée où pour le prix d’un ticket de métro, vous pouvez regarder des tableaux bien alignés, comme des bouteilles dans une cave qu’on ne boira jamais. Quel plus beau destin peut-il arriver à une pièce de musée ? Qu’elle se fasse voler. D’ailleurs c’est ce qui arrive bien souvent. Quelque part une toile est dérobée, un magnum décapsulé, une femme aimée. Un enfant ouvre la cage aux oiseaux pour les voir s’envoler. Arrêter son regard sur la liberté. Un artiste rêve de son prochain coup. Et il s’en fout. Que ça vous plaise, ou non.
Comme disait Georges-Bernard Shaw : «Si tu me donnes ta pomme et moi la mienne, nous aurons chacun une pomme. Mais, s’il se trouve que par chance nous avons tous les deux une idée, et qu’on se les échange, nous aurons alors chacun une idée de plus ».
Chez Pyt, les idées ça n’arrête pas. Aussi ne trouvais-je pas inintéressant de partager un de mes souvenirs. C’était une discussion que nous avions eue, le sujet avait débuté sur la Chine.
« … Le résultat voulu s’obtient sans réfléchir, mais ça contient des pièges. Tu vois prends par exemple un mec qui se dit : tiens, si je traversais à pied un lac gelé aujourd’hui? Il y va tranquillement; à un moment donné, il se met à saisir la mesure des risques au-devant desquels il s’engage. À ce stade, sa marche ressemblera à sa pensée, si ça se peut notre bonhomme est déjà arrivé au beau milieu de sa route. Il ne regarde plus son objectif. Son énergie se perd dans ses réflexions sur l’épaisseur de la glace, ou sur le soleil devenu tout d’un coup trop chaud. Et ses mouvements seront hésitants; si ça continue, la peur va le paralyser. Finalement, il coule.
Une nouvelle situation: quelqu’un est en train de se noyer au fond du lac gelé. Le type qui était parti se promener aperçoit le drame depuis la rive. Ni une ni deux, il prend une grande respiration et se lance à la rescousse de l’inconnu. Tous ses sens réunis lui permettent d’achever sa mission. À ce moment, il n’y a plus de place pour les pensées futiles : dans le feu de l’action, il n’a pas le temps d’observer les éléments qui l’avaient si mal servi dans l’autre cas. Par contre, il remarque des détails qui lui permettent d’aller dans la bonne direction. Il sait qu’il approche du but, il le sent. Ce n’est plus lui qui a peur, c’est la glace. Rien ni personne ne peut l’arrêter. Et ça, c’est le souffle, me dit encore Pierre-Yves. Quand tu crées, n’essaye pas de construire en te servant uniquement de la tête. Ton travail reflétera ce que tu es. Si tu veux de l’harmonie et du mouvement, sois-le toi-même. Cherche à mettre ton corps en vibration…».

Olivier Hostettler

 

www.pytoriumdellarte.ch

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